Des femmes ayant marqué l’Histoire : Earline Shoemake
Image fixe d’Earline Shoemake tirée d’une conférence vidéo de 1995 « Love is a be… Love is a do » [L’Amour est, l’Amour agit].
Inspirée par la vie de Mary Baker Eddy, Earline Shoemake puise une grande force dans la Science Chrétienne. Les deux femmes savent ce que signifie vivre au sein d’un groupe marginalisé : Earline Shoemake en tant que femme noire à l’époque du mouvement américain des droits civiques, et Mary Baker Eddy comme leader religieux et femme d’affaires au XIXe siècle. Les premières années de la vie d’Earline Shoemake dans une petite ville de Louisiane sont complètement différentes de celles de Mary Baker Eddy en Nouvelle-Angleterre. Mais il convient de noter qu’elles connaissent toutes deux une intense pression due à des difficultés économiques, à un mariage malheureux et à leur statut de mère célibataire, et qu’elles puisent une nouvelle force dans leur foi profonde et dynamique, qui leur apporte le réconfort et les guide dans l’existence.
Earline Shoemake grandit à Houma, en Louisiane, avant le Civil Rights Act de 1964 (loi mettant fin à la ségrégation raciale aux Etats-Unis), et elle vit le racisme de manière poignante. Elle fréquente une école ségréguée et doit boire à des fontaines différentes de celles des blancs. Dans une interview accordée en mars 2009 au Christian Science Journal, elle relate ce souvenir personnel :
Ma mère était employée de maison, et la fille de son patron m’invitait de temps en temps à venir jouer avec elle et sa cousine. Un jour en particulier me revient à l’esprit lorsque j’avais une dizaine d’années. Nous étions en train de jouer et de passer un bon moment, quand la mère de mon amie nous a appelées pour déjeuner. Mes deux amies blanches ont été invitées à rentrer dans la maison, tandis qu’un repas était préparé pour moi toute seule sous le porche, porte fermée… Ce n’est qu’à l’âge adulte, lorsque j’ai rencontré la Science Chrétienne, que ma conception de la race a complètement changé, car cette vision m’a ouvert l’esprit à l’idée d’un Amour divin et omnipotent…1
Après avoir étudié à Dillard University, une université de la Nouvelle-Orléans accueillant historiquement des étudiants noirs, Earline Shoemake déménage à Los Angeles, prête pour une nouvelle vie dans un environnement différent. Elle travaille dans l’industrie de la mode et aussi comme mannequin, après avoir obtenu son diplôme de la John Robert Powers School of Modeling. Elle rencontre la Science Chrétienne dans un moment de désespoir, d’une manière inattendue, comme elle le racontera plus tard :
Un jour, alors que j’étais seule à la maison, fatiguée d’une vie pleine de hauts, de bas et d’incertitudes, je me suis mise à pleurer. J’ai littéralement crié : « S’il y a un Dieu quelque part, entends-moi, je T’en supplie ! Je ferai tout pour Te trouver. Dis-moi seulement si Tu existes ! Je T’en supplie ! » Après cette explosion émotionnelle, j’ai ressenti une grande paix. Le lendemain, dans une laverie automatique du quartier, mon regard s’est posé sur un petit magazine sur lequel était inscrit « Emportez-moi ». C’est ce que j’ai fait.2
C’était le Christian Science Sentinel. Elle le dévore, convaincue que sa prière est exaucée. « Je n’avais jamais entendu parler de ce Dieu dont ils parlaient, figurez-vous ! », racontera-t-elle plus tard, lors d’un entretien avec Joan Taylor, rédactrice en chef du Journal.3
A l’époque, Earline Shoemake connaît un mariage difficile et boit beaucoup. Elle fume également trois paquets de cigarettes par jour. Elle est la mère de quatre jeunes enfants. Ce jour où elle a crié dans sa prière pour trouver Dieu, sa machine à laver est tombée en panne alors qu’il lui restait toute une pile de couches sales à laver. Ce passage nécessaire à la laverie automatique marque le début d’une vie entière consacrée à l’étude et à la pratique de la guérison par la Science Chrétienne, et au partage sans réserve de cette Science avec les autres. En lisant Science et Santé avec la Clef des Ecritures, de Mary Baker Eddy, Earline Shoemake perd toute envie de fumer et de boire de l’alcool. Elle obtient finalement le divorce. Si ce changement dans sa vie lui apporte une liberté inattendue à bien des égards, elle se retrouve néanmoins dans une situation financière extrêmement difficile en tant que mère célibataire de quatre enfants.4
La Science Chrétienne s’avère être un grand soutien dans l’éducation de Sabra, Isahn, Lian et Shouna, ses quatre jeunes enfants. En 1974, elle obtient le droit de publier une annonce dans le Journal en tant que praticienne de la Science Chrétienne et elle conservera sa pratique de la guérison jusqu’à son décès. Elle partage ses idées et ses expériences dans les magazines de la Science Chrétienne à travers des articles et des enregistrements audio, mentionnant souvent ses enfants.
Dans une émission radio du Sentinel diffusée en 1998 et intitulée « Trusting God to meet our needs » [Faire confiance à Dieu pour subvenir à nos besoins], elle raconte avoir réussi à conduire de son domicile à San Diego jusqu’à Los Angeles (plus de 160 km) avec un réservoir d’essence qu’elle croyait vide, exhortant ses enfants à chanter leur gratitude envers Dieu pendant tout le trajet. Elle évoque également le soutien que lui a apporté sa fille de 12 ans lorsqu’elle se demandait comment payer ses factures.
Risquant de se voir couper le gaz à cause de factures impayées, elle était sortie dans le jardin et s’était mise à pleurer. De retour à la maison, elle avait trouvé un mot de sa fille collé sur la porte : « Réfléchis à ceci : “Je préfère me tenir sur le seuil de la maison de mon Dieu, plutôt que d’habiter sous les tentes de la méchanceté” (psaume 84:11). » A côté de ce verset biblique, sa fille avait écrit : « Je suis reconnaissante que chacune de mes actions soit en Lui, et que l’Eternel ne refuse aucun bien à ceux qui marchent dans l’intégrité. »5 Sous le message, sa fille avait dessiné une flèche pointant vers le mot gaz. (Selon sa famille, cela montre comment, à différents moments, ses quatre enfants se sont mobilisés pour lui apporter le soutien spirituel dont elle avait besoin.) « Pour moi, cela valait de l’or ! », s’est exclamée Earline Shoemake. Un employé de la compagnie de gaz était déjà chez elle, mais il est reparti et n’est pas revenu, bien qu’elle n’ait pas pu payer sa facture avant plusieurs semaines.
Après cette expérience, Earline Shoemake trouve un épanouissement professionnel et spirituel dans son travail de praticienne, et la famille ne manque plus de rien. Elle ne s’est plus jamais retrouvée dans une telle situation de pauvreté.6
Elle explique également comment l’étude et la pratique de la Science Chrétienne lui ont permis, plus tard, d’apaiser les souvenirs des expériences liées au racisme qu’elle avait vécues dans son enfance :
… Au fil des ans, même si j’avais suffisamment mis de côté mes préjugés pour être capable de dire : « Certains de mes meilleurs amis sont blancs » (ou juifs, ou asiatiques, ou autres), je me suis rendu compte que je me sentais toujours séparée des personnes de race différente. Je savais que je ne devais pas en rester là, car tant que je ressentais cette séparation, je n’étais pas complètement guérie de mes préjugés.
Puis, j’ai rencontré la Science Chrétienne et trouvé le chaînon manquant. J’ai fait le lien. Dans la Bible, il est écrit : « N’avons-nous pas tous un seul père ? N’est-ce pas un seul Dieu qui nous a créés ? » (Mal. 2:10), et dans l’épître aux Galates : « Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme ; car vous êtes tous un en Jésus-Christ. » (3:28) Le livre de Mary Baker Eddy, Science et Santé, m’a ouvert les Ecritures. Par exemple, j’y ai lu ceci : « Il faudrait comprendre parfaitement que tous les hommes ont un seul Entendement, un seul Dieu et Père, une seule Vie, une seule Vérité et un seul Amour. L’humanité deviendra parfaite dans la mesure où ce fait sera manifeste, les guerres cesseront et la vraie fraternité des hommes sera établie. » (p. 467) Le fait de découvrir ce qu’est Dieu, notre Parent unique à tous, m’a fait voir les autres sous un jour totalement nouveau. Cette vision des choses transcendait les questions de race, de classe sociale, de couleur de peau, de croyance, d’origine nationale, de culture, d’ascendance, de liens du sang…7
En 1991, Earline Shoemake est nommée membre du Conseil des conférences de la Science Chrétienne. Elle donnera des conférences publiques pendant les 17 années suivantes. Ces conférences abordent directement des questions liées au racisme. Au lendemain des violentes manifestations à Los Angeles après le passage à tabac en 1991 de Rodney King, un Noir américain, par un officier de police, elle donne des conférences en Californie du Sud et à travers les Etats-Unis, traitant des tensions et des conflits raciaux. Elle enregistre également une conférence vidéo en 1995, intitulée « Love is a be… Love is a do » [L’Amour est, l’Amour agit]. Cette conférence est diffusée auprès d’un large public sur de nombreuses chaînes de télévision dans tous les Etats-Unis.
Earline Shoemake devient professeure de Science Chrétienne en 1994. En plus de son travail en tant que praticienne, professeure et conférencière de la Science Chrétienne, elle participe activement et de façon bénévole à la vie de sa localité, notamment auprès d’une aumônerie des prisons. Elle relate un jour comment elle a apporté son soutien aux habitants de sa ville lors d’une tragédie :
Le lendemain d’une fusillade dans un lycée près de chez moi, en Californie du Sud, de nombreux habitants de la ville et d’ailleurs se sont rassemblés dans une église locale qui avait gracieusement ouvert ses portes pour servir de centre de crise. Ces personnes venaient de tous horizons, étaient de tous âges, de toutes couleurs de peau et de toutes confessions. Il y avait des élèves qui avaient été témoins de la tragédie, ainsi que d’autres élèves, des parents, des enseignants, des conseillers, des ministres du culte et des bénévoles. Tous étaient là pour la même raison : l’Amour. Ils étaient venus pour réconforter ou être réconfortés. En tant que praticienne de la guérison spirituelle, j’étais venue pour réconforter.
Les mots ne sauraient décrire l’amour que j’ai ressenti en entrant dans ce hall. Chacun d’entre nous, à un moment ou à un autre, a serré quelqu’un dans ses bras. Je suis sûre que la plupart des gens ne se connaissaient pas. Cela n’avait aucune importance. La raison pour laquelle nous étions là dépassait largement la simple sympathie : c’était l’Amour…8
Au fil des ans, beaucoup parmi ceux qui ont lu les articles d’Earline Shoemake ou entendu ses conférences ont souligné combien ils appréciaient son ton agréablement accessible, à la fois déterminé et plein d’humour. Une guérison qu’elle a relatée concernait un besoin (révélé dans la prière) de faire preuve d’une plus grande humilité. La façon dont elle décrit cette prise de conscience est typique de son approche optimiste et pragmatique de la pratique de la Science Chrétienne :
La première chose qui me vient à l’esprit quand je pense à l’humilité, c’est qu’il en faut énormément pour comprendre qu’on est l’enfant de Dieu. Et que faut-il abandonner pour avoir cette humilité ? Il faut tout abandonner !9
Ses humbles débuts et sa quête sincère de Dieu ont conduit Earline Shoemake à consacrer sa vie à la guérison. D’une honnêteté et d’une franchise exceptionnelles dans sa façon de s’exprimer, elle continue d’inspirer et de marquer ceux qui lisent ses articles et l’écoutent dans ses enregistrements. Son œuvre perdure, tout comme l’exemple que constitue son importante contribution au mouvement de la Science Chrétienne.
Cet article est aussi disponible sur nos sites en allemand, anglais, espagnol et portugais.
- Joan Taylor, « Don’t hang back! » [Ne restez pas en retrait !], Journal, mars 2009, 41.
- Témoignage, Christian Science Sentinel, 13 mars 1978, 430.
- « Don’t hang back! », Journal, mars 2009, 42.
- Voir Earline Shoemake, « Parenting on your own – how do you cope? » [Elever ses enfants tout seul : comment faire ?], Sentinel, 8 avril 2002, 10-11.
- Voir psaume 84:12.
- Voir Earline Shoemake, « Trusting God to meet our needs » [Faire confiance à Dieu pour subvenir à nos besoins], Sentinel Radio, 15 février 1998, https://sentinel.christianscience.com/shared/view/jkfb53iysc?s=copylink.
- Earline Shoemake, « News of Healing » [Des nouvelles sur la guérison], Sentinel, 7 octobre 2002, 26.
- Earline Shoemake, « The comforting power of Love » [Le pouvoir consolateur de l’Amour], Sentinel, 14 avril 2003, 17.
- Earline Shoemake, « L’humilité et la guérison », Le Héraut de la Science Chrétienne, novembre 2008, https://fr.herald.christianscience.com/francais/numeros-archives/2008/11/091-10/l-humilite-et-la-guerison.