« Libérer les prisonniers » : Mary Baker Eddy et la réforme des prisons

15 novembre 2018

Un grand nombre de nos lecteurs savent peut-être que Mary Baker Eddy faisait des dons généreux à diverses associations caritatives, mais son grand intérêt pour la réforme des prisonniers est nettement moins connu. Cet intérêt s’explique par ses liens de parenté avec de grands réformateurs du système pénitentiaire de son époque, et en particulier avec les responsables de la prison d’Etat du New Hampshire, à Concord.

Un rocking-chair en rotin, offert à Mary Baker Eddy par des détenus de cette prison, en témoignage de gratitude pour l’aide qu’elle leur avait apportée, symbolise cet engagement de longue date auprès des prisonniers. Le fauteuil est composé de centaines de tiges de rotin (un genre de palmier) roulées et tressées avec la plus grande patience. Le sceau de la croix et de la couronne, qui figure sur les œuvres publiées de Mary Baker Eddy, est tissé dans le dossier du fauteuil. Elle fut touchée par ce présent qu’elle plaça dans la salle à manger de Pleasant View, sa maison à Concord, puis, après son déménagement, dans l’une des pièces de Chestnut Hill, dans le Massachusetts.1 (Le fauteuil lui fut offert entre 1900 et 1907.)

Fauteuil dans la salle à manger de Pleasant View (P06268).

Fauteuil dans la salle à manger de Pleasant View (P06268).

Le capitaine Moses Pilsbury devint un grand ami des Baker quand il était directeur de la prison (1818-1826, 1837-1840). A une époque où le système carcéral en Amérique était extrêmement punitif, Pilsbury mit en œuvre des réformes telles que la lecture de la Bible à tous les détenus deux fois par jour, une politique d’alphabétisation, l’embauche de personnel basée sur des critères moraux plutôt que la force physique et l’interdiction des châtiments corporels. En 1819, Moses fit aménager un atelier pour les prisonniers, afin qu’ils puissent apprendre un métier et acquérir des compétences qui leur permettraient d’être embauchés plus facilement une fois libérés. En fait, c’est grâce à ce précurseur des prisons modernes2 que, bien plus tard, les prisonniers détenus à Concord purent fabriquer ce rocking-chair et l’offrir à Mary Baker Eddy. Successivement directeurs et constructeurs de prisons, Moses et ses fils John, Amos et Luther continuèrent d’étendre leurs réformes en Nouvelle-Angleterre et dans l’Etat de New York. Amos acquit même une reconnaissance internationale pour ses méthodes, adoptées dans la prison d’Etat du Connecticut, lorsqu’il participa à un congrès pénitentiaire international à Londres.3 Irving C. Tomlinson, qui assista Mary Baker Eddy dans son travail pendant de nombreuses années, écrira plus tard que « les activités de la Science Chrétienne dans les prisons intéressaient beaucoup Mary Baker Eddy… Son intérêt pour le travail en prison ne faiblit jamais. »4 On peut dire que, dès sa plus tendre enfance, elle fut sensibilisée à ces questions. Sa famille était très amie avec les Pilsbury, une famille de directeurs de prison considérés comme les plus grands réformateurs du dix-neuvième siècle dans ce domaine.5 Son frère George travailla pour les Pilsbury dans la prison d’Etat du Connecticut et sa sœur Martha épousa Luther Pilsbury, directeur adjoint de la prison d’Etat du New Hampshire, à Concord. Mary leur rendit visite à la prison de Concord, tout de suite après leur mariage, et passa sans doute la nuit dans leur appartement de fonction.6

Si l’on considère ces liens familiaux étroits, il n’est pas étonnant que Mary Baker Eddy ait compris combien il était important d’apporter une aide efficace aux prisonniers. Dès 1891, The Christian Science Journal rapporta qu’on distribuait de la littérature de la Science Chrétienne dans les prisons. En 1900, Mary Baker Eddy encouragea vivement Irving Tomlinson à visiter les prisons dans la région de Concord et elle attendit son compte-rendu avec impatience. Tomlinson en parle dans ses mémoires : « L’un de ses premiers entretiens avec l’auteur, à son arrivée à Concord, concernait les malheureux détenus dans les prisons du comté et dans la prison d’Etat. Sur sa demande expresse, l’auteur rendit visite au sheriff du comté, M. Edgerly, et lui proposa de tenir chaque dimanche, à deux heures de l’après-midi, un service de la Science Chrétienne pour les détenus dans la prison du comté de Merrimack. Le sheriff accueillit favorablement ce projet… »7 La réaction de Mary Baker Eddy fut enthousiaste : « Je suis contente que vous commenciez la mission de la S[cience] C[hrétienne] en ayant foi dans votre capacité à ouvrir les portes des prisons pour libérer les captifs. Dieu vous bénira, vous ayant choisi pour cette tâche. »8

Des services religieux furent organisés dans la prison de 1900 à 1906. En tant que praticien [de la Science Chrétienne], Tomlinson priait également pour les détenus qui lui demandaient une aide spirituelle durant la semaine. Ce travail porta ses fruits car de nombreux prisonniers eurent des guérisons. Ils transmirent leurs remerciements et le récit de leurs guérisons à Mary Baker Eddy, qui les fit publier dans les périodiques de la Science Chrétienne. Tomlinson se rappelle qu’en mars 1907, un prisonnier qui venait d’être libéré vint le voir et souhaita acheter un exemplaire de Science et Santé avec la Clef des Ecritures. Tomlinson offrit de le lui donner, mais l’homme refusa en disant qu’il avait économisé de l’argent quand il était en prison et qu’il pouvait donc payer son exemplaire. Tomlinson précise que cet homme ne commit plus jamais de crimes. Lorsque Tomlinson fit part de cette visite à Mary Baker Eddy, elle en fut profondément émue.9

Pour de plus amples détails sur l’expérience de Tomlinson dans les prisons de Concord, on peut lire ses mémoires à la salle de recherche de La Bibliothèque Mary Baker Eddy.

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  1. Irving C. Tomlinson, Twelve Years with Mary Baker Eddy, Amplified Edition [Douze ans avec Mary Baker Eddy, édition augmentée] (Boston: The Christian Science Publishing Society, 1994), p. 243.
  2. Caleb Smith, The Prison and the American Imagination [La prison et l’imaginaire américain] (New Heaven: Yale University Press, 2009), p. 125.
  3. David E. Coughtry, Mary Baker Eddy and Institutional Work [Mary Baker Eddy et le travail institutionnel] (New York: Christian Science Institutional Committee of New York State, 1998), p. 1-2.
  4. Tomlinson, Twelve Years with Mary Baker Eddy, Amplified Edition, p. 243.
  5. Orlando Faulkland Lewis, The Development of American Prisons and Prison Customs, 1778-1845: With Special Reference to Early Institutions in the State of New York [Développement des prisons américaines et pratiques carcérales, 1776-1845 : références particulières aux anciennes institutions de l’Etat de New York] (Albany: Prison Association of New York, 1922), p. 176.
  6. Lettre de Mary Baker Eddy à Augusta Holmes Swasey, 24 février 1843, L02682.
  7. Lettre de Mary Baker Eddy à Irving C. Tomlinson, 12 mai 1900, L03728.
  8. Mémoires d’Irving C. Tomlinson, p. 622-623.
  9. Ibid.