Des femmes ayant marqué l’Histoire : Clara Shannon

7 février 2022

Clara Shannon

Clara Shannon, v. 1892. P01593. Photographe inconnu.

Clara Marie Sainsbury Shannon (1858-1930) a été l’une des plus proches compagnes de Mary Baker Eddy pendant plus de vingt ans. Durant toutes ces années, elle a étudié la Science Chrétienne avec Mary Baker Eddy, a fait partie de son équipe de travailleurs et a été le témoin direct de certains des moments les plus importants de la vie de la découvreuse de la Science Chrétienne. « Cette chère Mademoiselle Shannon est l’un des sels de cette terre », a écrit un jour Mary Baker Eddy.1

Née en Angleterre, Clara Shannon émigre avec sa famille à Montréal, au Canada, en 1873. Clara et Blanche, sa sœur, entendent parler de la Science Chrétienne pour la première fois en 1886. Elles ne tardent pas à constater que cette Science les guérit de leurs maux physiques.2

Clara Shannon rencontre Mary Baker Eddy pour la première fois lorsqu’elle suit le Cours Primaire de Science Chrétienne en septembre 1888.3 Cet enseignement va avoir une grande influence sur sa vie. A titre d’exemple, elle raconte plus tard un incident survenu à la fin d’une journée de cours donné par Mary Baker Eddy, alors qu’on fait entrer dans la salle une femme souffrant d’une maladie mentale :

J’observais le changement qui se produisait sur les traits [de cette femme], à mesure que l’épouvante cédait à la paix et à la joie. Ah ! Comme le visage de notre Leader rayonnait d’amour tandis qu’elle tournait son regard vers elle ! Elle lui tendit les deux bras et la releva, en disant : « Debout, mon enfant ! » Puis, notre chère Leader posa la tête de ce pauvre être sur son épaule et lui caressa le visage, pendant qu’elle lui révélait avec amour la vérité.4

Clara Shannon écrit à Mary Baker Eddy quelques semaines plus tard : « Je vous remercie encore et encore pour toute votre bonté envers moi. C’est un amour qui ne peut jamais mourir. Il est si merveilleux que je ne saurais le décrire. Dieu, la Vie, l’Amour sont si différents à présent ! »5 Après le cours, elle retourne à Montréal pour s’y établir en tant que praticienne de la guérison.6

Au cours des années suivantes, Clara Shannon correspond régulièrement avec Mary Baker Eddy. Elle lui demande des conseils pour guérir des patients, elle lui fait part des progrès de la Science Chrétienne à Montréal, ou elle lui dit simplement combien elle apprécie son travail.7 Elle continue d’étudier, et elle s’inscrit au Cours Normal du Massachusetts Metaphysical College le 21 mai 1889. Mary Baker Eddy enseigne le premier jour uniquement, puis confie la classe à Ebenezer J. Foster Eddy. Elle ne donne plus d’autre cours avant novembre 1898.8 Mais durant tout ce temps, elle soutient le travail de Clara Shannon. Ainsi, en juillet 1889, elle lui écrit : « Ma très chère élève, je me réjouis des progrès que j‘observe en vous. Demeurez dans votre champ et vous récolterez ce que vous semez. Votre fidélité et vos mobiles sincères auront leur récompense. »9

En juin 1892, Mary Baker Eddy quitte Boston pour emménager à Concord, dans le New Hampshire. Elle y établit sa résidence et elle la baptise « Pleasant View ». Clara Shannon est l’une des proches personnes choisies pour venir habiter chez elle, en compagnie d’autres scientistes chrétiens de renom comme Laura Sergent et Calvin Frye. Elle travaille à Pleasant View par intermittence entre 1892 et 1903, y résidant fréquemment lorsque Laura Sargent est absente. Son plus long séjour se déroule de septembre 1894 à janvier 1899.10 Dans le groupe de travailleurs pour la Cause, elle devient l’une des personnes en qui Mary Baker Eddy a le plus confiance. Ses souvenirs contiennent des récits touchants et personnels sur l’enfance de Mary Baker Eddy, dont celui-ci :

Voici une anecdote que me raconta Mary Baker Eddy pour me donner une leçon sur l’économie et m’appendre à ne pas gaspiller. Quand ils étaient enfants, les soirs d’hiver, ils avaient l’habitude d’éplucher du maïs pour le donner aux poules, etc. Une fois, la petite Mary était assise près de la cheminée, et un grain de maïs tomba par terre. A l’aide de son petit pied, elle le poussa vers la bûche qui brûlait. « Mary, lève-toi et va chercher ce grain de maïs », lui ordonna sa mère. « Oh, maman, ce n’est qu’un seul grain », répondit-elle. « Peu importe, il nourrira un petit poussin », lui dit sa mère. Je n’ai jamais oublié cette leçon.11

Mary Baker Eddy explique également à Clara Shannon la signification de Science et Santé avec la Clef des Ecritures et pourquoi elle a décidé de publier un ouvrage sur son étude de la guérison. On l’a fait venir un jour pour traiter par la Science Chrétienne une femme souffrant de « phtisie »12 que les médecins n’avaient pu guérir. Clara Shannon se souvient que Mary Baker Eddy lui a rapporté une conversation qui a eu lieu après la guérison de cette personne :

L’un d’eux, un vieux médecin expérimenté, ayant été témoin de la guérison, lui demanda : « Comment avez-vous fait ? » Mary Baker Eddy lui répondit : « Je n’en sais rien. C’est Dieu. » Et il lui dit : « Vous devriez l’écrire dans un livre, le publier et le donner au monde ! » Quand elle rentra chez elle, elle ouvrit sa Bible et ses yeux tombèrent sur les mots suivants qui lui indiquèrent les directives divines : « Ainsi parle l’Eternel, le Dieu d’Israël : Ecris dans un livre toutes les paroles que je t’ai dites. » (Jérémie 30:2)13

Durant son travail à Pleasant View, Clara Shannon est témoin de certains des moments les plus marquants des débuts de la Science Chrétienne. L’un des plus connus est la première visite de Mary Baker Eddy, le 1er avril 1895, à l’édifice original de L’Eglise Mère, dont la construction venait d’être récemment achevée à Boston. Mary Baker Eddy, Clara Shannon et Calvin Frye ont quitté Pleasant View tôt ce matin-là. Clara Shannon décrit ce qu’elle a vu quand Mary Baker Eddy est entrée dans l’édifice pour la première fois :

Mère entra ensuite dans l’auditorium. Je la suivis pour être présente au cas où elle aurait besoin de quelque chose. Cependant je restai près de la porte.

Notre Leader s’avança dans l’allée de gauche, celle qui faisait face au pupitre du lecteur ; elle marchait très lentement et s’arrêta plusieurs fois pour regarder autour d’elle jusqu’à ce qu’elle atteigne l’estrade des lecteurs et qu’elle s’arrête aux pieds des marches qui y conduisaient. Elle s’agenouilla sur la première marche, et je ne sais que trop combien son cœur reconnaissant rendait grâce à l’Amour divin pour tout le chemin sur lequel Dieu l’avait conduite.14

Le moment est particulièrement important, non seulement pour Mary Baker Eddy, mais aussi pour les premiers travailleurs du mouvement de la Science Chrétienne. Clara Shannon se rappelle également ceci :

Puis Mère traversa l’église et remarqua M. Colman15 qui pleurait ; il était assis sur le banc juste devant moi, la tête appuyée sur le dossier du banc devant lui. Il était très ému par ce qu’il venait de voir et d’entendre, plein de joie et de souvenirs du passé.

Notre Leader vint s’asseoir sur le banc à côté de lui, lui toucha l’épaule et dit : « Mon frère, vous souvenez-vous de ces jours anciens ? Nous venions dans la salle où nous allions tenir nos services et, vous et moi, nous devions nettoyer l’espace en ramassant les morceaux de papier et les pelures d’orange par terre. » Puis elle lui rappela plusieurs autres choses qui s’étaient passées à cette époque-là, lui disant combien tout était différent à ce moment-là et combien nous devions remercier Dieu. Elle l’encouragea à relever la tête pour rendre grâce et se réjouir.16

En 1903, Clara Shannon retourne en Angleterre, sur les conseils de Mary Baker Eddy, afin d’y pratiquer la guérison [par la Science Chrétienne]. Elle deviendra plus tard professeure de Science Chrétienne. A cette époque, elle voyage au Moyen-Orient.17 Nous ne possédons aucun document expliquant la raison particulière de ce voyage, mais il se peut que Mary Baker Eddy l’ait encouragée à l’entreprendre. Dans ses souvenirs, Lady Victoria Murray écrit que lors d’une visite qu’elle a faite à Mary Baker Eddy, celle-ci a exprimé son intérêt pour un tel voyage. Lady Murray se souvient : « Elle [Mary Baker Eddy] s’est montrée intéressée et enthousiaste lorsque mon père lui a parlé de ses voyages et de l’Ecosse, et elle a exprimé le désir de voyager, en particulier pour voir la Terre Sainte. »18

Clara Shannon in Egypt

Clara Shannon en Terre Sainte, n.d. P01594. Photographe inconnu.

Dans un article écrit plus tard, Clara Shannon évoque sa visite en Palestine. Sur le chemin de Jéricho à Jérusalem, le groupe de touristes dont elle fait partie s’arrête à un endroit appelé la Fontaine des Apôtres. Là, elle rencontre un berger portant un mouton. Cette rencontre l’incite à écrire sur l’importance de venir en aide à ceux qui en ont particulièrement besoin :

Puis j’ai appris ce qui se passait à la fin de chaque journée, lorsque le troupeau était ramené au bercail. Arrivé à la bergerie, le berger se plaçait à la porte, mettait son bâton en travers et laissait entrer un seul mouton à la fois. Il examinait ce mouton, ses pieds et genoux, sa toison, son museau et sa tête et, prenant sa corne d’huile, il oignait tout endroit blessé ou égratigné, lui baignait le museau et la tête avec l’huile et, après l’avoir remplie d’eau à ras bord, il prenait une coupe placée là à côté pour que le mouton puisse étancher sa soif, comme il est écrit dans le psaume 23 : « Tu oins d’huile ma tête, et ma coupe déborde. » Le berger répétait ces gestes avec chaque mouton, puis il fermait la porte et restait auprès d’eux toute la nuit.

La houlette de berger sert à délivrer, non à frapper. S’il manque un mouton, le berger l’appelle, et s’il ne vient pas, il part à sa recherche. Si l’animal s’est empêtré dans les épines et les buissons avec ses cornes, le berger l’en dégage à l’aide de sa houlette (dont l’extrémité est en forme de crochet) et parvient ainsi à lui rendre sa liberté. D’autre part, si le mouton s’égare sur les terres d’un autre éleveur, il le ramène au bercail. Le bâton sert à protéger et à défendre le troupeau contre les bêtes sauvages ou tout ce qui voudrait l’attaquer ; d’où ce verset : « Ta houlette et ton bâton me rassurent. »19

Clara Shannon poursuit ses activités de praticienne et professeure de la Science Chrétienne à Londres jusqu’à la fin de sa vie. Elle doit parfois faire face à des problèmes d’argent et de santé, mais d’une manière générale, elle contribue activement au mouvement en Angleterre. Le Conseil des directeurs de la Science Chrétienne lui accorde une pension dans les années 1920 après avoir appris que Lord et Lady Astor, deux éminents scientistes chrétiens britanniques, la soutiennent financièrement.20

Si le travail de Clara Shannon a incontestablement marqué les premiers temps de la Science Chrétienne, nos documents d’archive montrent clairement que les soins et le soutien particuliers qu’elle a apportés à Mary Baker Eddy ont été exceptionnels. Un extrait d’une note reçue en 1892 indique que Mary Baker Eddy en était bien consciente, et qu’elle lui en était profondément reconnaissante : « Je vous remercie, très chère amie, premièrement pour vous-même, deuxièmement pour ce que vous représentez pour moi, troisièmement pour le bien que vous faites. »21

 

Ecoutez le podcast (en anglais) Women of History from the Mary Baker Eddy Library Archives [Des Femmes ayant marqué l’Histoire, archives de la Bibliothèque Mary Baker Eddy] de la série Seekers and Scholars [Chercheurs et Universitaires], avec la participation de Steve Graham et Dorothy Rivera, de l’équipe de la Bibliothèque.


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  1. Mary Baker Eddy à Marguerite Sym, 7 mai 1889, L05555.
  2. H. Roy et Gladys Gertrude Conway, « How Christian Science came to Montreal, Que. » [Comment la Science Chrétienne a été introduite à Montréal, Québec], 2 octobre 1969 ; emplacement dans la Collection Mary Baker Eddy : Subject file, Clara M.S. Shannon (1858-1930), 1.
  3. « The Students of Mary Baker Eddy » [Les élèves de Mary Baker Eddy], 7 janvier 2019, https://www.marybakereddylibrary.org/research/who-took-classes-on-christian-science-with-mary-baker-eddy/.
  4. Yvonne Cache von Fettweis et Robert Warneck, Mary Baker Eddy : Une vie consacrée à la guérison spirituelle, (Boston: The Christian Science Publishing Society, 2009), 154.
  5. Clara M.S. Shannon à Mary Baker Eddy, 18 octobre 1888, IC318.44.003.
  6. H. Roy et Gladys Gertrude Conway, « How Christian Science came to Montreal, Que. », 2 octobre 1969 ; Subject file, Clara M.S. Shannon (1858-1930), 1.
  7. Voir, par exemple, Clara M.S. Shannon à Mary Baker Eddy, 15 février 1889, IC318.44.009.
  8. « The Students of Mary Baker Eddy », La Bibliothèque Mary Baker Eddy, 7 janvier 2019, https://www.marybakereddylibrary.org/research/who-took-classes-on-christian-science-with-mary-baker-eddy/.
  9. Mary Baker Eddy à Clara M.S. Shannon, 4 juillet 1889, L07751.
  10. Nous avons connu Mary Baker Eddy, édition augmentée, tome II (Boston: The Christian Science Publishing Society, 2018), 186 ; Robert Peel, Mary Baker Eddy: The Years of Authority [Mary Baker Eddy : Les années d’autorité] (Boston: The Christian Science Publishing Society, 1977), 12.
  11. Clara Shannon, « De précieux souvenirs », 1927, Nous avons connu Mary Baker Eddy, édition augmentée, tome II (Boston: The Christian Science Publishing Society, 2018), 190.
  12. Il s’agit vraisemblablement de la tuberculose. Cependant, à l’époque, un tel diagnostic reposait sur des symptômes divers, si bien que les deux termes ne sont pas synonymes.
  13. Clara Shannon, « De précieux souvenirs », 1927, Nous avons connu Mary Baker Eddy, édition augmentée, tome II (Boston: The Christian Science Publishing Society, 2018), 196.
  14. Ibid., 210.
  15. E. L. (Erwin Leslie) Colman (1849-1895).
  16. Clara Shannon, « De précieux souvenirs », Nous avons connu Mary Baker Eddy, édition augmentée, tome II (Boston: The Christian Science Publishing Society, 2018), 213.
  17. Nous avons connu Mary Baker Eddy, édition augmentée, tome II (Boston: The Christian Science Publishing Society, 2018), 187.
  18. Victoria Murray, 1918, Souvenirs, 1.
  19. Clara Shannon, « St. John. Chapter X 4, 5, 7, 9, 11, 14, 15, 27–30 » [Saint Jean, chapitres 10:4, 5, 7, 9, 11, 14, 15, 27-30] , n.d.  ; Subject file, Clara M.S. Shannon (1858-1930), 1-2.
  20. Hermann S. Hering au Conseil des directeurs de la Science Chrétienne, 24 août 1929.
  21. Mary Baker Eddy à Clara M.S. Shannon, 10 octobre 1892, L07757.