Des femmes ayant marqué l’Histoire : Miyo Matsukata

16 août 2019

Shokuma et Miyo Matsukata. Photo de Kaneichiro Imai. Avec la permission de Machiko Romaine.

Miyo Matsukata (1891-1984) fait partie des tout premiers scientistes chrétiens japonais. Bien décidée à faire sienne une religion qu’elle a découverte dans son pays d’adoption, elle va puiser dans sa foi et dans une éducation unique, à la croisée de deux cultures, pour faire face à l’opposition à une religion occidentale et aux difficultés engendrées par la Seconde Guerre mondiale.

Nés à New York de parents japonais, elle et son frère aîné sont parmi les premiers nisei (Japonais de la deuxième génération) à vivre sur la Côte Est des Etats-Unis. Son enfance américaine est également marquée par les étés qu’elle passe auprès de ses grands-parents, au Japon. A l’âge de 21 ans, elle part vivre au Japon et épouse Shokuma Matsukata, le fils d’un politicien japonais de premier plan.1 Elle s’intègre difficilement à cette nouvelle culture et doit lutter avec les traditions et les coutumes de la vie japonaise, au point que sa santé en est affectée.2

La famille Matsukata, vers 1927. Avec la permission du Patrimoine Miyo Matsuka par l’entremise de Mimi Oka.

La famille Matsukata, vers 1927. Avec la permission du Patrimoine Miyo Matsuka par l’entremise de Mimi Oka.

En 1917, alors que, pour ainsi dire, seuls des Occidentaux pratiquent la Science Chrétienne, Miyo Matsukata accompagne une amie à une conférence de la Science Chrétienne donnée par Clarence Chadwick, à Yokohama.3 4 5 « Quel espoir et quelle joie cela a éveillé en moi, écrit-elle, quand j’ai compris que la Science Chrétienne avait un Principe divin ! »6 Elle se lance alors dans l’étude de la Science Chrétienne. A la même époque, deux autres Japonaises, Sute Mitui et Tatsuo Takaki, entendent également parler de la Science Chrétienne, chacune de son côté. Les trois femmes s’engagent dans cette foi, bien que cela « aille à l’encontre de nombreuses coutumes rigides » et que cette pratique, à l’époque, « exige du courage ainsi que de la prudence, de la patience, de la sagesse et de l’amour ».7 Elles demandent à Florence E. Boynton, une institutrice scientiste chrétienne originaire des Etats-Unis, de les aider, elles et leurs enfants, dans cette étude.8 Selon Miyo Matsukata, Florence Boynton « a fait beaucoup pour préparer la terre, semer la bonne graine et veiller à la croissance de cette graine ».9

En 1924, Miyo Matsukata et son mari accueillent chez eux Frances Thurber Seal, en visite au Japon, après qu’elle a contribué à introduire la Science Chrétienne en Allemagne. Grâce à Mme Seal, elle apprend l’existence d’écoles pour scientistes chrétiens aux Etats-Unis (The Principia, dans le Missouri, et Principia College, dans l’Illinois). Finalement, tous les jeunes élève de Florence Boynton, y compris les enfants de Miyo Matsukata, iront étudier dans ces établissements.10

La Science Chrétienne se propage lentement au Japon, mais son ancrage se consolide grâce aux efforts conjugués de plusieurs familles japonaises. Le premier groupe informel de scientistes chrétiens commence à se réunir en 1924. L’Eglise Mère à Boston (La Première Eglise du Christ, Scientiste) leur accorde le statut de Société de la Science Chrétienne, Tokyo, en 1931.11 Des facteurs culturels et linguistiques rendent difficile la traduction de nombreux termes en japonais et, à l’époque, on ne peut étudier la Science Chrétienne qu’en anglais. C’est là une limite à sa croissance, car la population en général ne parle pas anglais et connaît mal le christianisme.12 Miyo Matsukata a reconnu que c’est grâce à son éducation en la Nouvelle-Angleterre et à sa connaissance des idées puritaines qu’elle a pu comprendre la découverte et les œuvres de Mary Baker Eddy.13

Cependant, c’est au cours de la Seconde Guerre mondiale que ce groupe japonais en développement connaît ses plus grandes difficultés. Avant l’entrée en guerre des Etats-Unis, le Japon prend des mesures pour limiter l’influence et les activités occidentales dans son pays. La Société de Tokyo est dissoute en 1941, pour anticiper sur une nouvelle loi exigeant que toutes les confessions chrétiennes fusionnent sous le nom d’« Eglise chrétienne du Japon ». Tandis que des occidentaux, comme Florence Boynton, retournent dans leur pays natal, les services de la Science Chrétienne continuent de se tenir secrètement chez Miyo Matsukata jusqu’au bombardement de Tokyo, en avril 1942.14

Takashi Oka, dans les années 1940. Avec la permission de Mimi Oka et Takashi Oka.

Takashi Oka, dans les années 1940. Avec la permission de Mimi Oka et Takashi Oka.

S’ensuit une période d’isolement au cours de laquelle de nombreux scientistes chrétiens japonais se sentent coupés du reste du monde et notamment de L’Eglise Mère. Miyo Matsukata ressent d’abord elle aussi cet éloignement. Mais elle écrira plus tard que, lorsqu’elle a lu « L’Etre, déroulement divin et infini », un article de Mary Sands Lee paru dans le Christian Science Journal de janvier 1941 [voir le Héraut en ligne du 18 juillet 2014], elle a été frappée par l’idée que « le progrès divin est à la fois universel et individuel ». Comme elle l’a expliqué par la suite, cela lui a rappelé que « rien ne pouvait me séparer de l’Amour divin »15, et cela l’a aidée à retrouver un sentiment d’appartenance jusqu’à la fin de la guerre. Takashi Oka, qui deviendra correspondant du Christian Science Monitor, est élève à l’école du dimanche à Tokyo lorsque la guerre commence. Il se souviendra plus tard que Miyo Matsukata se sentait étroitement unie à L’Eglise Mère. Elle a contribué à effacer ce sentiment de séparation pour les autres scientistes chrétiens japonais en se procurant de la littérature de la Science Chrétienne, que des amis suédois adressaient par valise diplomatique à Widar Bagge, diplomate suédois dont la demeure était proche de celle des Matsukata.16

A la fin de la guerre, en 1945, les scientistes chrétiens japonais renouent le contact avec le monde extérieur. Les mères, comme Miyo Matsukata, dont les enfants sont restés aux Etats-Unis, à Principia College, peuvent communiquer avec eux pour la première fois depuis quatre ans. Des scientistes chrétiens occidentaux arrivent au Japon : ils sont membres des forces d’occupation, aumôniers militaires, correspondants du Monitor et travailleurs bénévoles. Les Japonais sont de nouveau libres de pratiquer ouvertement la Science Chrétienne avec leurs nouveaux amis, et ils sont riches de diverses expériences à partager.17 La famille Matsukata organise une fête de Noël en 1945, dont l’auteure Emi Abiko dira que c’était « la première lumière dans un environnement par ailleurs très sombre ».18

Scientistes chrétiens japonais et américains, le jour de Noël 1945. Avec la permission de Mimi Oka et Takashi Oka.

Scientistes chrétiens japonais et américains, le jour de Noël 1945. Avec la permission de Mimi Oka et Takashi Oka.

Miyo Matsukata publie un témoignage dans le Journal de juin 1969 [voir aussi le Héraut de juillet 1969], où elle décrit les bienfaits que ses enfants ont reçu de la Science Chrétienne. Evoquant plus particulièrement les périodes de maladie, elle écrit : « Chaque cas fut guéri efficacement et nous donna toujours une meilleure compréhension de la guérison-Christ ».19 Elle est l’une des premières scientistes chrétiennes japonaises à publier son annonce en tant que praticienne dans le Journal, activité qu’elle exerce de 1947 jusqu’à son décès en 1984.20 Durant toutes ces années, elle voit sa religion se développer au Japon, bien au-delà de son cercle restreint initial. Cela inclut la publication de la première édition japonaise du Héraut de la Science Chrétienne en 1962, et la traduction japonaise de Science et Santé avec la Clef des Ecritures de Mary Baker Eddy en 1976 – initiative particulièrement importante qui permet aux scientistes chrétiens de langue japonaise de disposer du livre d’étude dans leur propre langue pour la première fois.

Miyo Matsukata et ses amis ont joué un rôle fondamental dans ces développements importants ainsi que dans d’autres évènements. Pour reprendre les propos d’Emi Abiko, ils ont transmis « un précieux héritage aux générations futures ».21

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  1. Haru Matsuka Reischauer, Samurai and Silk: A Japanese and American Heritage [Soie et Samouraïs : Un héritage japonais et américain] (Cambridge, Massachusetts: Belknap Press, 1986), 245, 250-251.
  2. Miyo Matsukata, « History of the Church Universal as Unfolded in Tokyo, Japan » [Histoire de l’Eglise Universelle dans son développement à Tokyo, Japon], 7, Archives de l’Eglise, boîte 42561 dossier 285752.
  3. Emi Abiko, A Precious Legacy: Christian Science Comes to Japan [Un héritage précieux : L’introduction de la Science Chrétienne au Japon] (Boston: E.D. Abbott Company, 1978), 14-15.
  4. Matsukata, « History of the Church Universal », 7.
  5. Abiko, A Precious Legacy, 14, 23.
  6. Matsukata, « History of the Church Universal », 7.
  7. Abiko,A Precious Legacy, 10-11, 16.
  8. Abiko, A Precious Legacy, 17, 40.
  9. Matsukata, « History of the Church Universal », 4-6.
  10. Abiko, A Precious Legacy, 22-23.
  11. Abiko, A Precious Legacy, 22-23.
  12. Abiko, A Precious Legacy, 24, 102-104.
  13. Miyo Matsukata, « In the Christian Science textbook… » [Dans le livre de la science chrétienne…] The Christian Science Journal, juin 1969, 321.
  14. Abiko, A Precious Legacy, 69-71.
  15. Matsukata, « History of the Church Universal », 14-15.
  16. Takashi Oka, « The power of love for church in wartime » [Le pouvoir de l’amour au service de l’Eglise en temps de guerre], The Christian Science Journal, mai 2003, 10.
  17. Abiko, A Precious Legacy, 85-87.
  18. Abiko, A Precious Legacy, 89.
  19. Matsukata, « In the Christian Science textbook… » [Dans le livre de la science chrétienne…], 321.
  20. Abiko, A Precious Legacy, 14.
  21. Abiko, A Precious Legacy, 117.